La MDPH, guichet unique des droits du handicap
Chaque département dispose d'une maison départementale des personnes handicapées (MDPH), chargée d'accueillir, d'informer, de conseiller et d'accompagner les personnes en situation de handicap et leurs familles. La MDPH compétente est celle du lieu de résidence. Le dossier est évalué par une équipe pluridisciplinaire, puis la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) décide ; les représentants des personnes handicapées et de leurs familles y disposent d'un tiers des voix, aux côtés du département, de l'État, de l'assurance maladie et des organisations syndicales (monparcourshandicap.gouv.fr).
Les demandes sont nombreuses : 1,8 million de personnes se sont adressées à une MDPH en 2024, et 241 795 dossiers ont été déposés en 2025 via « MDPH en ligne », le téléservice national, soit 20 % de plus qu'en 2024 (CNSA, chiffres clés de l'aide à l'autonomie 2026).
La CDAPH statue sur l'ensemble des droits (monparcourshandicap.gouv.fr) :
- L'allocation aux adultes handicapés (AAH) et ses compléments.
- La prestation de compensation du handicap (PCH).
- La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH).
- La carte mobilité inclusion (CMI).
- Les orientations, notamment vers le milieu ordinaire de travail, un établissement ou service d'accompagnement par le travail (Ésat) ou un établissement médico-social.
L'AAH : un revenu minimum de 1 041,59 € depuis avril 2026
L'allocation aux adultes handicapés garantit un revenu minimum aux personnes qui ne peuvent pas subvenir à leurs besoins du fait de leur handicap. Son montant maximal a été porté à 1 041,59 € par mois au 1er avril 2026, une revalorisation annuelle de 0,8 % (décret n° 2026-229 du 30 mars 2026 ; solidarites.gouv.fr). Elle est versée par la Caf ou la MSA, à terme échu : l'allocation du mois d'avril est payée début mai (monparcourshandicap.gouv.fr). Elle n'est pas imposable.
Deux situations ouvrent le droit : un taux d'incapacité d'au moins 80 % reconnu par la CDAPH, ou un taux compris entre 50 % et 79 % assorti d'une restriction substantielle et durable d'accès à l'emploi, c'est-à-dire des difficultés importantes que des aménagements du poste ne suffisent pas à compenser, d'une durée prévisible d'au moins un an (service-public.gouv.fr). Il faut avoir au moins 20 ans, ou 16 ans si vous n'êtes plus à la charge de vos parents pour les prestations familiales, résider en France de façon stable, et pour les personnes étrangères justifier de trois mois de résidence et d'un titre de séjour en cours de validité (service-public.gouv.fr).
L'AAH est différentielle : le montant versé complète les ressources prises en compte jusqu'au plafond, sans pouvoir dépasser 1 041,59 € par mois. Les ressources personnelles, appréciées sur l'avant-dernière année, ne doivent pas excéder 12 499 € par an pour une personne seule ; ce plafond est majoré de 6 249,54 € par enfant à charge, soit 18 749 € avec un enfant et 24 998 € avec deux (service-public.gouv.fr ; monparcourshandicap.gouv.fr). Depuis le 1er octobre 2023, le calcul est déconjugalisé : seules vos ressources comptent, celles du conjoint sont ignorées, et lorsque l'ancien calcul était plus favorable, la Caf ou la MSA applique automatiquement le montant le plus avantageux, de façon définitive (service-public.gouv.fr).
La durée varie avec le taux : de 1 à 10 ans, ou à vie si le handicap ne peut pas évoluer favorablement, à partir de 80 % ; de 1 à 2 ans, ou de 1 à 5 ans si aucune amélioration n'est attendue au cours de cette période, entre 50 % et 79 %. Le renouvellement n'est jamais automatique : il suppose de refaire une demande avec le même formulaire (service-public.gouv.fr). Le droit court à partir du premier jour du mois suivant le dépôt de la demande (monparcourshandicap.gouv.fr). Au quatrième trimestre 2025, 57 % des droits à l'AAH attribués l'ont été sans limitation de durée (CNSA, chiffres clés de l'aide à l'autonomie 2026).
S'y ajoute, pour les titulaires d'une AAH à taux plein dont le taux atteint 80 %, la majoration pour la vie autonome : 104,77 € par mois, versés avec l'AAH sans démarche supplémentaire, à condition de vivre dans un logement indépendant, de percevoir une aide personnelle au logement et de ne pas avoir de revenu d'activité (service-public.gouv.fr).
AAH et travail : les règles du cumul
Percevoir l'AAH n'interdit pas de travailler, au contraire. Pendant les six premiers mois d'activité, les revenus professionnels ne sont pas pris en compte et l'allocation reste versée en totalité ; ensuite, l'AAH devient différentielle (service-public.gouv.fr).
Le calcul applique alors un abattement : 80 % sur la part du salaire mensuel allant jusqu'à 560,11 €, et 40 % au-delà, si bien que seule une fraction des revenus est retenue. Une déclaration trimestrielle de ressources auprès de la Caf ou de la MSA est indispensable pour ajuster le montant versé (service-public.gouv.fr).
En établissement ou service d'accompagnement par le travail (Ésat), la rémunération garantie varie entre 55 % et 110 % du Smic, et le cumul avec l'AAH est plafonné à 1 867,02 € par mois pour une personne vivant seule, 2 427,12 € en couple et 2 707,17 € en couple avec un enfant ou un ascendant à charge (service-public.gouv.fr). Nouveauté de l'été 2026 : le décret n° 2026-547 du 25 juin 2026 fait passer le calcul de l'AAH des travailleurs d'Ésat des ressources de l'avant-dernière année à celles du dernier trimestre ; le dispositif s'applique progressivement aux allocations dues entre le 1er octobre et le 1er décembre 2026.
La PCH : compenser les surcoûts du quotidien
La prestation de compensation du handicap prend en charge les dépenses liées à la perte d'autonomie. Elle est attribuée sans condition de ressources, mais il faut se trouver en difficulté absolue sur une activité importante du quotidien (par exemple se laver), ou en difficulté grave sur au moins deux de ces activités, pour une durée prévisible d'au moins un an, et avoir moins de 60 ans, sauf si les conditions étaient déjà remplies avant cet âge ou en cas de poursuite d'activité (service-public.gouv.fr).
Elle est versée par le conseil départemental, de façon régulière ou ponctuelle, et couvre cinq formes d'aides : l'aide humaine, les aides techniques, l'aménagement du logement ou du véhicule et les surcoûts liés aux transports, les charges spécifiques ou exceptionnelles liées au handicap et l'aide animalière (service-public.gouv.fr).
Le taux de prise en charge dépend du revenu fiscal de référence : 100 % jusqu'à 31 162,62 €, 80 % au-delà (service-public.gouv.fr). Pour l'aide humaine, la prise en charge est limitée à 19,92 € de l'heure en emploi direct d'une tierce personne, 21,91 € via un service mandataire et 25 € via un service prestataire, ces limites étant portées à 20,70 € et 22,77 € pour des gestes de soins ou des aspirations endo-trachéales ; le dédommagement d'un aidant familial va jusqu'à 4,93 € de l'heure, porté à 7,40 € s'il réduit ou abandonne son activité professionnelle, selon la fiche vérifiée le 1er juillet 2026 (service-public.gouv.fr).
Les autres éléments sont plafonnés : 13 200 € sur dix ans pour les aides techniques, 10 000 € sur dix ans pour l'aménagement du logement ou du véhicule, 100 € par mois pour les charges spécifiques, 6 000 € sur dix ans pour les charges exceptionnelles comme pour l'aide animalière (prises en charge à 75 %), et jusqu'à 3 000 € sur dix ans en cas de déménagement rendu nécessaire par l'inaccessibilité du logement. En cas de cécité, un forfait de 50 heures par mois est ouvert, soit 837,85 € ; la surdité supérieure à 70 décibels ouvre 502,71 € par mois pour un dispositif de communication, et la surdicécité un forfait de 30, 50 ou 80 heures (service-public.gouv.fr).
La PCH est attribuée à vie si l'état de santé ne peut pas s'améliorer, sinon pour dix ans au maximum. Les parents concernés peuvent la compléter par la PCH Parentalité : un forfait d'heures d'aide humaine et une aide matérielle pour les gestes du quotidien avec un enfant, jusqu'à ses 6 ou 7 ans (service-public.gouv.fr).
La RQTH : faire reconnaître sa situation au travail
La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé s'adresse à toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont réduites par la dégradation d'au moins une fonction physique, sensorielle, mentale ou psychique. La demande se fait à partir de 16 ans, ou 15 ans en apprentissage ou en stage, et reste une démarche personnelle et confidentielle : l'employeur ne peut pas la déclencher à votre place (service-public.gouv.fr).
Elle ouvre l'accès à un accompagnement spécialisé (Cap emploi, France Travail, missions locales), à des formations et contrats adaptés, aux aménagements de poste et de concours, et aux aides de l'Agefiph dans le privé ou du Fiphfp dans la fonction publique. Elle compte aussi dans l'obligation d'emploi de 6 % de travailleurs handicapés imposée aux employeurs d'au moins 20 salariés (monparcourshandicap.gouv.fr).
Deux raccourcis existent : demander l'AAH engage systématiquement une procédure de RQTH, et certaines situations valent RQTH, pour les jeunes de 15 à 20 ans bénéficiaires de l'AEEH, de la PCH ou d'un projet personnalisé de scolarisation, comme pour les titulaires d'une carte mobilité inclusion mention « invalidité » (service-public.gouv.fr ; monparcourshandicap.gouv.fr).
La décision de la CDAPH vaut pour 1 à 10 ans, renouvelables, ou sans limitation de durée lorsque la situation n'est pas susceptible d'évoluer ; le renouvellement n'est pas automatique et suppose de refaire une demande (monparcourshandicap.gouv.fr).
La carte mobilité inclusion : trois mentions, trois usages
Gratuite, la carte mobilité inclusion facilite les déplacements et le stationnement. Elle comporte trois mentions, combinables entre elles, chacune avec ses propres conditions (service-public.gouv.fr).
La carte Invalidité peut porter deux mentions de plus : « besoin d'accompagnement », qui ouvre des réductions ou la gratuité pour la personne qui vous accompagne, notamment dans le train, et « cécité », lorsque la vision centrale est inférieure à 1/20e après correction. Elle vaut aussi reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé dans le privé comme dans le public (monparcourshandicap.gouv.fr ; service-public.gouv.fr).
La carte est délivrée pour 1 à 20 ans, ou définitivement si le taux atteint 80 % sans évolution favorable possible ou en cas de classe Apa groupe 1 ou 2, et le délai moyen de réception est d'une dizaine de jours. Les anciennes cartes d'invalidité et de stationnement cessent d'être valables le 31 décembre 2026 : leur remplacement peut être demandé dès maintenant, sans attendre l'échéance (service-public.gouv.fr ; actualité du 28 septembre 2026).
- Stationnement : pour utiliser les places réservées et stationner gratuitement sur les places en accès libre, en France comme dans le reste de l'Union européenne, si la capacité de déplacement à pied est très limitée ou si un accompagnement est nécessaire, quel que soit le taux d'incapacité.
- Priorité : pour obtenir une place assise dans les transports et les lieux publics, la priorité dans les files d'attente et aux caisses, lorsque le taux est inférieur à 80 % et que la station debout est difficile.
- Invalidité : mêmes avantages que la carte Priorité, complétés de réductions dans les transports et les lieux culturels et d'avantages fiscaux, pour un taux d'au moins 80 % ou une pension d'invalidité de 3e catégorie.
Démarches MDPH, délais et recours
Le point de départ est un dossier unique déposé auprès de la MDPH, soit en ligne via le téléservice national « MDPH en ligne », opéré par la CNSA (compte créé avec les identifiants MDPH ou FranceConnect, service gratuit, disponible uniquement en français), soit par courrier avec le formulaire Cerfa n° 15692*01. Il faut joindre un certificat médical de moins d'un an, une pièce d'identité ou un titre de séjour, un justificatif de domicile et, le cas échéant, l'attestation de protection juridique (service-public.gouv.fr ; monparcourshandicap.gouv.fr).
La CDAPH répond dans un délai de quatre mois ; passé ce délai, l'absence de réponse vaut décision implicite de rejet, ce qui rend d'autant plus important un dossier complet dès le départ. En pratique, le délai moyen de traitement est de 4,8 mois (service-public.gouv.fr ; CNSA, chiffres clés de l'aide à l'autonomie 2026).
En cas de refus, la contestation passe d'abord par un recours administratif préalable obligatoire (RAPO) auprès de la MDPH, à déposer dans les deux mois suivant la réception de la décision. Sans réponse dans les deux mois, le recours est réputé rejeté, et un recours devant la justice reste ouvert pendant deux mois (service-public.gouv.fr).
Deux réflexes pour finir : surveiller les échéances, car aucun renouvellement n'est automatique, et signaler tout changement de situation à la Caf ou à la MSA, qui peut modifier les montants versés (service-public.gouv.fr). Côté actualité, la 7e Conférence nationale du handicap, réunie le 4 septembre 2026 à Bobigny, a ouvert des chantiers de simplification de l'accès aux droits, dont un formulaire unifié et un système d'information national pour les MDPH (CNSA).
Sources
- service-public.gouv.fr · Allocation aux adultes handicapés (AAH) · 2026-09
- service-public.gouv.fr · Peut-on travailler et percevoir l'allocation aux adultes handicapés · 2026-10
- service-public.gouv.fr · Handicap : majoration pour la vie autonome (MVA) · 2026-04
- service-public.gouv.fr · Prestation de compensation du handicap (PCH) · 2026-07
- service-public.gouv.fr · Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) · 2026-03
- service-public.gouv.fr · Carte mobilité inclusion (CMI) · 2026-04
- service-public.gouv.fr · Aide à la parentalité (PCH Parentalité) · 2026-04
- service-public.gouv.fr · Demande de prestations MDPH (AAH, PCH, Ésat, hébergement) et renouvellement, téléservice · 2024-02
- mdphenligne.cnsa.fr · MDPH en ligne, téléservice national de dépôt des demandes (CNSA) · 2026
- service-public.gouv.fr · Prestations sociales revalorisées au 1er avril 2026 · 2026-03
- service-public.gouv.fr · La carte mobilité inclusion (CMI) remplace la carte d'invalidité · 2026-09
- monparcourshandicap.gouv.fr · L'allocation aux adultes handicapés (AAH) · 2025-12
- monparcourshandicap.gouv.fr · Montant 2026 de l'AAH · 2026-05
- monparcourshandicap.gouv.fr · La prestation de compensation du handicap (PCH) · 2026-08
- monparcourshandicap.gouv.fr · La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) · 2025-04
- monparcourshandicap.gouv.fr · Pourquoi demander la RQTH : modalités et avantages · 2024-06
- monparcourshandicap.gouv.fr · La carte mobilité inclusion, mention invalidité · 2026-08
- monparcourshandicap.gouv.fr · La maison départementale des personnes handicapées (MDPH) : missions et fonctionnement · 2026-02
- ameli.fr · Demander une pension d'invalidité (dont carte mobilité inclusion et AAH) · 2026
- cnsa.fr · Les chiffres clés de l'aide à l'autonomie 2026 (PDF) · 2026-06
- cnsa.fr · CNH 2026 : les chantiers pour la CNSA et les MDPH · 2026-09
- Légifrance · Décret n° 2026-229 du 30 mars 2026 portant revalorisation de l'AAH (1 041,59 €) · 2026-03
- Légifrance · Décret n° 2026-547 du 25 juin 2026 relatif au calcul de l'AAH (travailleurs d'Ésat) · 2026-06
- solidarites.gouv.fr · Revalorisation annuelle des prestations sociales au 1er avril 2026 · 2026-03